L’esprit d’équipe chez les animaux

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Les savants des cinquante dernières années se sont beaucoup appliqués à ne pas tomber dans une anthropomorphie excessive et à nous mettre en garde contre la tentation de voir, clans le comportement animal, un reflet de nos pensées et de nos sentiments. Pourtant, à l’heure où finit le jour, j’ai vu, au coin du feu, maint naturaliste renommé s’émerveiller en rapportant quelque anecdote où un animal se pare d’une dignité presque humaine.

L’expérience semble prouver que les actions des oiseaux sont, avant tout, dictées par l’instinct. A la vue de ses parents, l’oisillon ouvre automatiquement le bec. L’automne venu, le jeune émigre vers les quartiers d’hiver de l’espèce, puis il revient au printemps et construit un nid, sans avoir reçu de consigne de quiconque.

Du point de vue strictement scientifique, l’oiseau réagit plus qu’il ne pense et n’a point de vie affective ; c’est là un des principes clés de l’ornithologie. Un ornithologue nous a cependant confié combien il avait été surpris par le manège d’une mouette qui, ajoutait-il non sans quelque réticence, avait paru faire preuve de compassion. Il enseignait dans une colonie de vacances. On confia un jour à la cuisinière du camp un œuf de mouette. Le lendemain, un oisillon sortit de la coquille. Ayant exploré du regard les alentours, la petite mouette eut tôt fait de considérer la cuisinière comme sa mère, les enfants comme ses frères et sœurs, et le camp comme son domaine naturel. Elle s’installa donc comme chez elle, se présenta à table aux heures des repas, partagea les jeux des pensionnaires et dormit sur les montants des lits.

II n’existait pas d’autre mouette dans les environs, et celle-ci s’était si bien faite au monde des humains qu’elle ne remarquait même pas les quelques oiseaux qui, parfois, traversaient le ciel.

Vers la mi-juillet, la colonie de vacances accueillit un pensionnaire, un pivert, mais gardé en cave. Le nouveau venu passait le plus clair de ses journées à battre, sur les barreaux de sa cage, un rappel mélancolique.

Attirée par le bruit, la mouette se percha pendant quelques minutes sur le rebord de la fenêtre soudain, elle alla se poser à côté voisine. Puis, de la cage. Le pivert cessa de tambouriner et les sons étouffés d’un langage sans parole s’échangèrent entre les deux oiseaux isolés des membres de leurs espèces respectives. Cette cérémonie se répétait chaque jour.

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