Le Pélican : un excellent pêcheur

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« Lorsque le pélican, lassé d’un long voyage… » Tous les enfants qui ont appris ce poème de Vigny savent comment le pélican s’y prend pour nourrir ses petits I Le bec de cet oiseau a une contenance plus grande encore que son estomac, cc qui ne signifie pas qu’il garde les poissons pêchés par lui dans la poche de son bec. Au contraire, il les avale immédiatement. Son énorme poche n’est pas un sac à provisions, mais une épuisette remarquablement efficace, qu’il utilise très adroitement.

L’appétit du pélican

Le pélican a un énorme appétit. Heureusement, il a aussi tout ce qu’il faut pour réussir dans la carrière de pêcheur. Son excellente vue lui permet de repérer facilement sa proie. Il peut flotter dans les airs sans remuer ses vastes ailes, s’arrêter brusquement et plonger avec aisance.

Parfois, il frappe l’eau avec une violence qui pourrait l’assommer, mais il s’en tire toujours sans mal. Comment peut-il se jeter sur une surface pratiquement incompressible avec une telle énergie et ne pas en être étourdi ? Parce qu’il possède, distribuées un peu partout sur son corps, des « poches à air » qui absorbent les chocs.

Tous les oiseaux sont équipés de ces poches qui retiennent une certaine quantité d’air dans leur léger squelette. Mais le pélican, lui, en a beaucoup plus que les autres. Des poumons, elles courent le long de son cou, de son crâne, et même de certains de ses muscles. Les plus importantes pour lui, ce sont peut-être celles qui se situent juste au-dessous de sa peau.

Elles lui permettent de planer dans les airs à très grande altitude et de chasser sa proie. Mais, lorsque l’océan est agité et turbulent, le pélican, malgré sa vue perçante, ne peut repérer les poissons. Là encore, ses poches à air interviennent. Grâce à elles, il peut se maintenir sans peine à quelques centimètres au-dessus des vagues les plus grosses et continuer sa pêche.

Il reste toujours à la même distance par rapport à l’eau, s’élevant en même temps que la crête des vagues, se rapprochant quand il est au-dessus d’un creux, comme s’il était attaché à la mer par un fil invisible.

Les naturalistes estiment qu’un pélican peut, à lui seul, dévorer quatre tonnes et demi de poisson par an. Un homme de 80 kilos devrait manger 130 kilos par jour pour absorber, proportionnellement à son poids, autant de nourriture,

Lorsque le pélican repère sa proie de son poste d’observation aérien, il plonge et avale sa victime. Le pélican blanc a une façon très spéciale, différente de celle du pélican brun, d’attraper les poissons. Il nage sous l’eau, le bec grand ouvert… et des quantités de poissons, accompagnés d’autant de liquide, pénètrent dans sa poche. Il n’a aucun mal à se débarrasser de l’eau de mer sans perdre ses poissons. Il se contente de fermer le bec et de la laisser s’écouler par le bout.

Son appétit provisoirement satisfait, il va se percher quelque part et il digère sa prise tout à loisir. S’il a des petits à nourrir, il régurgite dans sa poche les aliments contenus dans son estomac, vole jusqu’à son nid, ouvre son énorme bec, et les petits n’ont plus qu’à puiser dans l’assiette.

Avant de se resservir de sa poche, il doit la sécher soigneusement ; pour ce faire, il penche la tête en arrière, ouvre tout grand le bec et y laisse entrer l’air. Parfois, on le voit voler le bec ouvert pour mieux le sécher.

Étendues, les ailes du pélican sont énormes. Elles ont une grande faculté d’élévation. L’en- vergure du pélican blanc peut atteindre trois mètres. Aux États-Unis, sur l’Indian River, près de la ville de Sebastian, en Floride, il y a une petite île connue sous le nom d’île des Pélicans.

De quinze à trente-cinq mille pélicans bruns y naissent chaque année. Ce petit territoire — un demi-hectare — qui est un refuge créé par le gouvernement américain pour cette race d’oiseaux est lavé tous les jours par la marée.

Ce fut le Président Roosevelt qui, le 13 mars 1903, prit par décret les premières mesures constructives en vue de protéger les espèces animales vivant à l’état sauvage aux Etats-Unis.

L’île des Pélicans fut la première conséquence tangible de cette législation. On a calculé qu’environ 1 500 000 petits pélicans étaient nés dans ce refuge depuis sa création.

De la mi-mars au 15 juin, l’île est entièrement recouverte de nids et les oiseaux y affluent. Leur guano, ou excréments, recouvrirait le sol en quantités énormes s’il n’était pas quotidiennement lavé par la marée. Parce que le guano est balayé, les mangles dans lesquelles ces oiseaux font leur nid ne meurent pas. L’azote concentré dans le guano, en se déversant dans les eaux, encourage la croissance des algues et du plancton qui nourrissent d’autres espèces animales.

Étant donné le nombre d’oiseaux qui viennent nicher sur cette île pas plus grande qu’un mouchoir de poche, on ne peut s’empêcher de se demander où ils trouvent les matériaux nécessaires pour construire leurs nids. Ils vont chercher, à un kilomètre de là, de grosses branches mortes qu’ils rapportent sur l’île, ce qui est très comique à voir.

Après la saison des nids, les jeunes pélicans de l’année précédente, qui s’étaient absentés pendant cette époque de surpopulation, reviennent en force. Quelques cormorans, des aigrettes d’Amérique et plusieurs ibis blancs, ainsi que certaines espèces de cigognes viennent aussi se loger sur l’île pour élever leurs petits.

Pendant les mois de novembre et de décembre, l’île des Pélicans, déserte et abandonnée, attend que reviennent ses hôtes emplumés.

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